Discorsu di Marie-Antoinette MAUPERTUIS*, a Presidente di l'Assemblea di a Giuventù


Sessione di u 1mu di ghjugnu di u 2026



O Sgiò Presidente di l’esecutivu,
Signore u presidente di gruppu di l’Assemblea di Corsica,
Signore è signori i cunsiglieri di l’Assemblea di a Giuventù,
Care è cari tutti,
 
Semu adduniti oghje per una sessione straordinaria di l’Assemblea di a Giuventù. È s’ella hè straordinaria, ùn hè micca solu per u so ordine di u ghjornu.
Hè perchè u mumentu puliticu chì no campemu hè ellu stessu straordinariu.
Perchè ci sò stonde in a storia di un populu induve u dibattitu ùn hè più tiòricu. Oghje simu à u nodu di u saccu !
Induve una generazione ùn vole più solu esse intesa, mà vole participà à scrive a seguita di a storia.
È a parolla chì avete scelta oghje hè una parolla forte : l’emancipazione.
Une idée ancienne, exigeante, qui dans ce pays, n’a jamais été abstraite et qui est profondément liée à ce que nous sommes.
 
Alors oui, je sais que votre génération est impatiente. Certainement comme nous l’étions au même âge. Et vous avez raison de l’être !
Elle a grandi dans une Corse où les crises sociales se multiplient ; le prix du foncier et du logement éloigne les jeunes de leur propre terre ; la langue recule encore ; les décisions essentielles sont trop souvent prises loin d’ici et beaucoup ont le sentiment que voter ne suffit plus pour être entendus.
Donc il est normal que vous vouliez que les choses aillent plus vite et plus loin !
Comme d’autres générations avant vous. Peut-être encore davantage aujourd’hui face aux crises contemporaines.
Je sais aussi que pour beaucoup d’entre vous, l’émancipation ne peut plus être un horizon vague ou un mot que l’on répète sans jamais en voir la concrétisation.
Et cette impatience ne naît pas de nulle part.
Elle s’inscrit dans un long parcours de luttes politiques, démocratiques et culturelles, mais aussi de blessures, de fractures et parfois de drames qui ont traversé notre société.
Et nous n’oublions pas non plus ce que votre génération a traversé lorsque Yvan Colonna a été assassiné.
Parce que cette révolte disait quelque chose de profond. Malgré les violences de l’histoire, les caricatures et le déni parfois, une chose n’a jamais disparu : la volonté d’un peuple d’être reconnu, respecté et entendu.
Et c’est cette volonté qui continue de nourrir aujourd’hui nos choix politiques, y compris dans les discussions avec l’État.
Pendant longtemps, on nous expliquait que le peuple corse n’existait pas; que notre langue était condamnée; que toute idée d’autonomie était impossible; que nos revendications étaient, par nature, illégitimes ou dangereuses.
Or aujourd’hui, une évolution constitutionnelle est discutée.
Le mot même d’autonomie est entré dans le débat institutionnel français. Et peut-être vont-ils finir par comprendre qu’on administre un territoire, mais on ne soumet jamais définitivement un peuple qui aspire à être libre.
Et qu’on le veuille ou non, cela constitue déjà une bifurcation historique. Non pas un aboutissement. Mais un pas en avant !
E à vi vogliu di incù sincerità : a lotta istituzionale è democratica ùn hè micca u rinunciamentu. È ùn hè mancu a muderazione.
Hè a forma a più difficiule di a lotta pulitica. Perchè ci vole à tene inseme a fedeltà à u nostru ideale naziunale ; a lucidità ; a cridibilità è a vuluntà di fà cresce u putere reale è i diritti di a Corsica.
 
Les fondamentaux du nationalisme corse continuent de nous guider.
Et c’est au nom même de ces principes que nous voulons faire aboutir cette chance historique que serait l’inscription de la Corse et du statut d’autonomie dans la constitution française.
Parce que notre histoire nous a appris une chose : lorsque la Corse loupe une marche historique, elle peut mettre vingt-cinq ans à la retrouver.
Nous l’avons déjà vécu. Et nous savons tous ici que la Corse ne peut plus attendre vingt-cinq ans de plus.
Alors oui, il faut être exigeants. Vous avez raison de l’être. Mais il faut aussi construire.
Parce qu’il est toujours plus simple de proclamer que de bâtir. Plus simple d’annoncer que d’obtenir. Plus simple de dénoncer que de transformer réellement les rapports de force.
Or la responsabilité politique commence précisément là : dans cette tension permanente entre ce que l’on veut et ce qu’il faut construire pour y parvenir.
A dilla franca è chjara. Un populu ùn s’affranca micca solu perchè ch’ellu hà ragiò.
S’ellu era cusì simplice, a nostra storia seria compia dapoi un bellu pezzu !
Non. Un peuple s’émancipe lorsqu’il parvient à transformer une aspiration historique en institutions solides, en droits durables, en pouvoir réel.
La génération qui vous précède a porté une grande responsabilité : celle de faire entrer la question de l’autonomie dans le champ du possible politique.
La vôtre devra peut-être porter une responsabilité encore plus difficile : celle de transformer cette possibilité en réalité durable.
Et pour cela, la Corse aura besoin d’intelligence politique, de compétence, de débats, d’exigence mais aussi de maturité collective.
Alors oui, questionnez le pouvoir ! Contestez ! Débattez ! Refusez la résignation !
Hè u vostru rollu. È hè ancu u segnu di una demucrazia viva.
Mais n’oubliez jamais une chose : l’Histoire juge rarement les peuples sur la radicalité de leurs mots. Elle les juge sur leur capacité à construire et à faire vivre leur destin collectif dans la durée.
 
Evviva a Corsica ! Evviva a Nazione !
À ringrazià vi.



* Seul le prononcé fait foi


Dans la même rubrique :