Le Patrimoine de Corse

Paci Eterna, Tombes et outre-Tombe

L'exposition, initialement prévue jusqu'au 15 octobre 2021, est prolongée jusqu'au 3 décembre 2021



L’exposition « Paci Eterna – Tombes et outre-tombe », présentée jusqu’au 3 décembre 2021 s’inscrit dans le cycle d’expositions prévu en 2021 et programmée dans les Musées de Sartè, Aleria et Merusaglia.

À Livia, l’exposition aborde les représentations liées à la mort, à travers les questions de sépulture, de motifs iconographiques, de testaments, enfin de croyances dans l’au-delà, à travers plusieurs disciplines, l’archéologie, l’histoire de l’art, l’ethnologie. La figure du squelette traverse l’exposition et constitue un fil directeur qui relie les diverses sections qui la constituent.

Elle est construite en deux volets : la première chronologie concerne les premiers témoignages funéraires de l’île à travers la présentation des données archéologiques livrées par les trois tombes du Mésolithique (10 000 – 5 500 av. J.-C.) découvertes à ce jour (Campu Stefanu, Araguina-Sennola, Torre d’Aquila). Elles servent d’illustrations pour montrer comment l’appel aux sciences dures contribue à l’interprétation des gestes funéraires. Technologies de communication et reconstitutions 3D sont le reflet scénographique de l’association entre la fouille et l’interprétation scientifique des données, pour restituer l’histoire du défunt de son décès à la mise au jour du corps, les gestes qui ont accompagné sa mise en sépulture, l’évolution des restes jusqu’à leur découverte.

Le second volet élargit le champ chronologique du sujet et se matérialise en une mise en ambiance où vanités, esprits, gisants, se mêlent sous toutes les formes plastiques : peintures, photographies, objets, films, projections holographiques… Cette partie de l’exposition bénéficie de prêts prestigieux provenant du Musée d’Orsay, du LaM (musée d’art moderne de Villeneuve d’Ascq) et de particuliers.

Chapitre 1 : Anankè

Jacques-Martin Capponi se forme à Paris chez le peintre académique William Bouguereau (1825-1905). Comme son maître, il représente des sujets antiquisants et fait de la peinture d’histoire qui est considérée par l’Académie des Beaux-Arts comme la catégorie la plus noble. À Ajaccio, de nombreuses personnalités de premier plan lui commanditent des portraits. Anankè représente le mythe célèbre d’Orphée qui revient des Enfers pour récupérer sa fi ancée Eurydice. Cet épisode évoque l’idée de la perméabilité entre le monde de vivants et celui des morts. Si elle existe, est-elle permanente, ou éphémère ? L’exposition nous en dira plus.

À Voir :
 
• Anankè, par Jacques-Martin Capponi, 1901,
Palais Fesch - musée des Beaux-arts, Ajaccio

Partie 1 - Fouiller à la truelle ou au microscope ?

La Dame de Bonifacio, Musée de l’Alta Rocca, Levie, cl. JJ Cangioni
La Dame de Bonifacio, Musée de l’Alta Rocca, Levie, cl. JJ Cangioni
Chapitre 2 : La Dame de Bonifacio

Le squelette de l’Araguina-Sennola (Bonifacio, Corse-du-sud), également appelé la Dame de Bonifacio, est l’un des témoins du Mésolithique corse (-7500 ans). Il a fait l’objet d’une étude biologique très détaillée par Henri Duday en 1975, annonçant la naissance
de l’archéo-anthropologie, science qui observe les vestiges humains dans le but de déterminer des gestes funéraires.
L’étude a révélé que la défunte était particulièrement handicapée et que son corps a fait l’objet de gestes funéraires particuliers (l’ensemble du corps était recouvert d’une fi ne couche d’ocre).

À Voir :
 
• Interviews des archéologues qui nous livrent des informations scientifiques sur la Dame de Bonifacio et les sépultures préhistoriques en Corse
• Mapping de la Dame de Bonifacio qui reconstitue son histoire, de son décès, à son inhumation et jusqu’à la découverte de sa sépulture

Chapitre 3 : Campu Stefanu

Le site de Campu Stefanu (Sollacaro, Corse-du-Sud) occupe à 4 km du littoral une colline de faible altitude sur la rive gauche du Taravu. Les vestiges archéologiques, reconnus sur plus d’un hectare, intègrent des constructions protohistoriques, ainsi que des abris sous-roche. L’érosion d’un imposant bloc de granite a créé un abri naturel (tafonu), configuration qui n’est sûrement pas étrangère au choix des préhistoriques d’y installer leurs défunts, dont sept individus au minimum ont été dénombrés pour le IXe millénaire av. J-C.

À Voir :
 
• Reconstitution 3D du tafonu de Campu Stefanu
• Un film d’animation sur le rôle de l’archéo-anthropologue

Interlude - A lascita stampata – La mort dans l’écrit

Chapitre 4 : Archives paroissiales et privées

La mort entraîne la production de documents très divers tant par leur origine, publique ou privée, que par leur finalité ; les premières finalités sont juridiques : constater le décès ou en apporter la preuve, mais aussi assurer la transmission des biens aux survivants.
En Corse l’enregistrement des décès, sous la forme alors commune dans tout le monde catholique des actes d’inhumations, est particulièrement tardive : les premiers exemples ne datent que du XVIIe siècle. Après 1769 la Corse connait l’application de la législation française, marquée par le passage en 1792 des registres paroissiaux, tenus par l’Eglise, à l’état civil moderne, tenu en mairie.

Partie 2 : La Mort du XVe au XXe siècle : L’image de la mort, au-delà de l’image

Bannière de Feliceto (Haute-Corse), église paroissiale Saint-Nicolas © Collectivité de Corse – Direction du Patrimoine ; cl JJ Cangioni
Bannière de Feliceto (Haute-Corse), église paroissiale Saint-Nicolas © Collectivité de Corse – Direction du Patrimoine ; cl JJ Cangioni
Chapitre 5 : Nemini Parco - Histoires d’os : bannières et sépultures dans la Corse de l’époque moderne (XVe – XVIe siècle)

Cette partie regroupe un ensemble de représentations et d’images produites en Corse, qui chacune à leur manière donne une vision symbolique, métaphorique, ou encore mélancolique de la mort.
Ces tentatives pour représenter l’indicible, pour accompagner les vivants, passent, depuis la fin du Moyen-Age, par la personnalisation de la mort, figurée par le crâne ou le squelette, comme motif des bannières d’enterrements ou des dalles tombales.

À Voir :
 
• Les bannières de procession des confréries de Corse
• Les reconstitutions holographiques de dalles funéraires
• L’ouvrage d’Andreae Vesalii, Opera Omnia anatomica & chirurgica, et le même motif repris dans l’Encyclopédie
• Deux blocs provenant de la tombe de Pascal Paoli au cimetière londonien de Saint-Pancrace, et conservées au Musée Pascal Paoli de Merusaglia.
Ces deux blocs présentent sur une face un crâne surmonté et sur une autre face un symbole maçonnique, témoignage de l’appartenance de Pascal Paoli à la Franc-maçonnerie.

Chapitre 6 : Imaginaire collectif et pratiques magiques en Corse

Pour les Corses, la vie est l’assemblage de trois éléments, un corps de chair, u corpu à sali, qui sert de réceptacle à l’âme, l’anima, et à l’esprit, u corpu à spiritu. Le corps d’esprit est le double immatériel de l’individu. Au moment de la mort, les trois éléments se séparent. Tous les rituels funéraires et les usages et croyances pratiqués tendent à permettre l’accomplissement de cette séparation
dans les meilleures conditions possibles. La mort est comprise comme une limite à franchir. Il est donc primordial que ce passage dans l’Autre Monde ne soit pas entravé au risque que l’esprit ou l’âme ne s’égarent et ne deviennent alors une âme errante, anima persa, ou un fantôme. Ce rôle de passeur est incarné par les mazzeri, qui doivent tuer symboliquement u corps à spìritu afin de rendre effective cette séparation. Pour la majorité d’entre eux, cela se passe lorsqu’ils dorment et prend la forme d’un rêve.

À Voir :
• le film Signadori créé spécialement pour l’exposition par Jean-Antoine Ceccaldi et Jean-Jacques Cangioni
• Joan Fontcuberta, photographies de la série Mazzeri, réalisée dans le cadre d’une commande photographique pour le Centre méditerranéen de la photographie à Bastia en 2002


Joan Fontcuberta : Photographies issues de la Série Mazzeri (2002)

Depuis bientôt trente ans, Joan Fontcuberta, photographe, mais aussi plasticien, essayiste, historien, critique, journaliste, formé dans sa jeunesse aux sciences du langage de l’information et de la communication, développe une oeuvre qui interroge la valeur narrative
de l’image, et la question de la vérité dans l’art. Ici, ces images renvoient à des histoires connues, des souvenirs retransmis, une mémoire éprouvée, et interroge la réalité de la représentation photographique.

Chapitre 7 : Les esprits en photographie (XIXe siècle)

L’intérêt pour l’occulte dans le monde occidental de la seconde moitié du XIXe siècle à la première moitié du XXe siècle trouve son origine dans les bouleversements politiques, culturels et sociaux de ce siècle. Inventée par erreur en 1861, la photographie spirite
qui représente des esprits appelés par un « médium » ou par le photographe lui-même, a profi té de ce contexte et de la croyance en un retour des morts depuis l’au-delà pour tromper les clients.
La surimpression était la méthode employée de la supercherie pour faire croire à l’apparition, sur la plaque photographique uniquement, des défunts que le client souhaitait revoir.

À Voir :
• Planches d’un album anonyme de photographies spirites du Musée d’Orsay, 1910
• Photographie anti-spirite de Jean Buguet, 1875
• Film Emile Cohl, La revanche des esprits, 1911
 

Chapitre 8 : Planète Mars, Memphis et dialogues avec d’autres mondes

Cette section de l’exposition regroupe un ensemble représentatif d’art spirite issu de la prestigieuse collection d’art brut
du LaM, Lille Métropole Musée d’Art Moderne, d’Art Contemporain et d’Art Brut, à Villeneuve d’Ascq. Sont ainsi exposés les artistes les plus significatifs de cet art si singulier : Augustin Lesage ; Elise Müller ; Thérèse Bonnelalbay ; Madge Gill, et Jules Leclerc. Ils ont en commun d’entendre des voix venant de l’au-delà qui guident leurs mains. Cette communication aboutit à des productions très diverses, peintures, dessins, écriture, broderies… La plupart des artistes ont été repérés, dès les années 1920 par les artistes
surréalistes, et plus particulièrement André Breton, ainsi que par Jean Dubuff et au moment de la constitution de sa collection d’Art Brut qui deviendra dans les années 1970 le Musée d’Art Brut de Lausanne en Suisse.
 
Augustin Lesage

C’est en 1912, dans le fond de la mine où il travaille, qu’Augustin Lesage entend des voix qui lui ordonnent de devenir peintre. Très vite, une séance autour d’un guéridon est organisée, il sera désigné par un esprit comme médium et, dans la foulée, produira ses premiers dessins, puis de grandes compositions peintes, très construites et symétriques.
En parallèle, il mène une activité de guérisseur. Sa renommée s’étend, sans doute sous l’influence des cercles spirites.
À partir de 1923, Lesage commencera à être exposé à Paris, puis à Londres, à Edimbourg, il voyagera en Algérie, au
Maroc et en Egypte. Après sa disparition, ses oeuvres continueront à circuler, tour à tour classées dans l’art magique par André Breton, l’art naïf par Anatole Jakovsky ou l’art brut par Jean Dubuffet.

Elise Müller

Employée de commerce, Hélène Smith s’initie au spiritisme à l’âge de trente ans. L’esprit de Victor Hugo, devenu son guide et protecteur, est bientôt chassé par celui de Cagliostro. Sous son influence,
Hélène Smith écrit et peint trois cycles romanesques : un cycle hindou, dans lequel elle communique des messages en sanscrit ; un cycle royal, dans lequel elle réincarne Marie-Antoinette ; un cycle martien, dans lequel elle voyage sur la planète Mars, invente une nouvelle langue et peint des paysages martiens. En 1899, le psychologue suisse Théodore Flournoy, qui étudie ses états de transe
depuis 1895, publie le livre Des Indes à la planète Mars, formulant l’hypothèse que les esprits sont à chercher dans le subconscient du médium. André Breton s’intéressa fortement à cet essai. Hélène Smith devint à ses yeux un personnage prodigieux qui l’inspira, tout particulièrement dans Nadja.


À Voir :
 
• Augustin Lesage, peintures
• Elise Muller, La fille de Jaïrus
• Thérèse Bonnelalbay, écrits médiumniques
• Madge Gill, dessins
• Jules Leclerc, broderie

Chapitre 9 : Modernité, occultisme et folie

Matt Mullican : 6 + 2 = 8.2 - 4 - 8, 2009 aquatinte (réserve), gravure au trait, 70,5 x 49,5/39,5 x 29,6 cm, édition griff elkunst, Hambourg.Coll LP, Paris, cl. JJ Cangioni.
Matt Mullican : 6 + 2 = 8.2 - 4 - 8, 2009 aquatinte (réserve), gravure au trait, 70,5 x 49,5/39,5 x 29,6 cm, édition griff elkunst, Hambourg.Coll LP, Paris, cl. JJ Cangioni.
Matt Mullican

L’oeuvre de Matt Mullican (né en 1951 à Santa Monica), artiste majeur de la scène artistique contemporaine, se caractérise par un système de signes et de pictogrammes dont certains sont le produit de son imagination, d’autres empruntés directement au glossaire
des aéroports, des autoroutes et autres voies de circulation. Il développe ainsi son propre modèle de cosmologie sous une forme très étudiée. Parallèlement, il développe depuis 1979, un autre travail, sous auto hypnose. Sous influence, Matt Mullican dessine, trace des mots, des chiffres qui rendent compte de son état de conscience modifié.

Pierre Mercier

À partir de 1992, Pierre Mercier (Mercus-Garrabet, 1946 – Lille, 2016) fait tirer plusieurs de ses photographies sur le thème de la vanité : un crâne, un iris bleu, des pétales de fleurs de couleur rouge. Chaque photographie, du même format carré 12 x 12 cm, est mise sous verre, encadrée, enserrée dans un cadre métallique aux soudures grossières.
Deux dimensions sont essentielles dans l’oeuvre de Pierre Mercier, les références constantes à la vanité comme genre artistique et de façon concomitante la fragilité de notre existence.

Christelle Mally

Christelle Mally fonde son travail sur les crânes d’animaux. Elle attache une importance particulière à l’objet qu’elle va patiemment, méticuleusement pendant des semaines recouvrir de perles.
Il faut qu’elle puisse s’en sentir proche pour qu’elle puisse « travailler » sur la matière. C’est comme s’il se passait une sorte de transfert d’énergie entre elle et le crâne de l’animal mort. La nouvelle peau révèle un paysage habituellement invisible. L’intérêt pour les masques, la symbolique des couleurs, la gémellité et le double animal sont venues à l’artiste de son observation des cultures maliennes en particulier des sociétés Dogon et Bamanan.


 

Christelle Mally : Masque N°10, La lumière noire, Sculpture, 2017, support naturel, perles de verre et fi ls de coton, 16 x 22 x 37 cm.
Christelle Mally : Masque N°10, La lumière noire, Sculpture, 2017, support naturel, perles de verre et fi ls de coton, 16 x 22 x 37 cm.
À Voir :

• Matt Mullican, Gravures issues de la série 2 + 6 = 8. 2 - 4 - 8 (2009)
• Pierre Mercier, Jour après jour et après
• Christelle Mally, sculptures (Masques) et photographies (Chair du Masque)

Renseignements pratiques

Musée de l’Alta Rocca - Museu di l'Alta Rocca
Quartier Pratu, Route de Carbini,
20170 LEVIE
Tél. : 0495784634

Horaires d’ouverture
Du mardi au samedi, de 10h00 à 17 h00

Tarifs
Tarif plein : 4 €
Tarifs réduits
Familles, seniors (+65 ans), enfants et jeunes adultes (de 10 ans à 25 ans),
Etudiants, Famille, Groupes (10 pers. min) : 3 €
Tour Operator : 2,5 €
Gratuité
Enfants -10 ans, demandeurs d’emploi, groupes scolaires, moins de 25 ans domiciliés en Corse, guides, enseignants, porteurs de la carte ICOM ICOMOS, professionnels du patrimoine, étudiants en histoire, histoire de l’art, archéologie, personnes porteuses d’un handicap et leur accompagnateur, personnel de la Collectivité de Corse.

Activités pédagogiques
Visites commentées et ateliers à destination du jeune public
Réservation obligatoire
Tel. : 04 95 78 46 34
Contact direction :
kewin.peche@isula.corsica

Visites commentées
Visites commentées de l’exposition à destination des groupes
Réservation obligatoire
Tel. : 04 95 78 46 34
Contact direction :
kewin.peche@isula.corsica




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