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Discorsu di a Presidente di l’Assemblea di Corsica


Discours de Marie-Antoinette Maupertuis*, Présidente de l'Assemblée de Corse, prononcé le 4 novembre 2026 à l'ouverture de séance



Sgiò Presidente di l’esecutivu,
Sgiò Deputatu,
Sgiò Senatore,
Cari cunsiglieri esecutivi,
Signora a Presidente di u CESEC,
Signore è signori i Merri,
Signore è signori i riprisentanti di l’istituzione è di a sucietà civile di a Corsica, à ringraziavvi per a vostra presenza,
Cari culleghi,
Cari tutti,

E circunstanze di a nostra addunita oghje, è e discussione chì seranu e nostre, seranu decisive pè l’avvene istituziunale di a Corsica. Ponenu a questione di a qualità di a discussione demucratica trà a nostr’isula, i so eletti è u Statu francese.

Si nous avons collectivement souhaité organiser cette session exceptionnelle à l’issue des débats parlementaires consacrés au projet de loi constitutionnelle pour l’autonomie de la Corse, c’est parce qu’il nous appartenait, en tant qu’élus du peuple corse, d’en dresser le bilan politique.

Depuis plusieurs décennies, l’Assemblée de Corse exprime avec constance une même ambition : permettre à la Corse de disposer des moyens institutionnels lui permettant d’assumer davantage de responsabilités dans la conduite de ses affaires, dans le cadre de la République, sur la base de la reconnaissance de son peuple, de sa langue et de ses spécificités.

Cette volonté n’est ni récente, ni circonstancielle !

Elle s’inscrit dans une longue trajectoire politique et institutionnelle.

Elle est d’abord le fruit de l’histoire du mouvement national, des évolutions de notre société depuis plus de 60 ans, des combats menés par plusieurs générations de Corses, mais aussi du travail patient de cette Assemblée qui, au-delà des alternances et des majorités successives, a su construire des positions largement convergentes sur les questions essentielles à l’avenir de notre île.

In u 1983, l’Assemblea ricunniscia u caratteru fundamentale di a lingua corsa.
In u 1988, accertava l’esistenza di u populu corsu è dumandava a ricunniscenza di i so diritti.
In u 2013, vutava per a cuuficialità di a lingua corsa.
È, dapoi u 2023, porta cù determinazione a rivendicazione di l’autunumia, cù a deliberazione « Autonomia » di u 5 di lugliu, aduprata à a magiurità intera.

Cette continuité est remarquable et inédite.

Peu d’assemblées territoriales peuvent revendiquer, sur une période aussi longue, une telle cohérence dans l’expression de leurs orientations fondamentales.

À cette légitimité institutionnelle s’ajoute une légitimité démocratique tout aussi incontestable. Depuis 2015, les électeurs corses ont confirmé à plusieurs reprises leur volonté de voir progresser ce projet politique.

Le temps de la démonstration devrait donc être derrière nous.
Car depuis longtemps, les Corses ont fait connaître leur volonté. Depuis longtemps, leurs institutions ont pris position. Depuis longtemps, un cap politique a été clairement défini. Et un accord politique a été arrêté et conclu.

La question n’est donc plus celle de l’aspiration à l’autonomie. Elle est celle de la capacité des institutions de la République à lui apporter une réponse à la hauteur de sa légitimité démocratique.

Et c’est précisément à cette aune que doivent être appréciés les débats intervenus au Sénat.

Je veux le dire clairement : au Sénat, nous avons vu se mobiliser les forces politiques les plus archaïques que ce pays n’ait jamais connues, arc-boutées sur une conception figée et centralisatrice de la République, refusant de regarder la réalité corse telle qu’elle est et non telle qu’ils voudraient qu’elle soit.

Nous y avons entendu des discours, publics comme privés, éminemment rétrogrades, teintés du plus commun des mépris jacobins pour les territoires. Et pour solution politique, ces mêmes forces ont entendu proposer à la Corse un texte détricoté, vidé de sa substance, reléguant le terme d’autonomie au rang de simple alibi pour masquer leurs intentions réelles de statu quo. Finalement, une majorité de sénateurs s’est rendu compte de cette supercherie et a rejeté le texte ainsi détricoté.

Alors, au-delà du sort réservé au texte, c’est une question de principe qui est posée.

Combien de fois un peuple doit-il exprimer démocratiquement la même volonté pour qu’elle soit enfin reconnue ?
Combien de mandats, combien de délibérations, combien de consultations faudra-t-il encore avant que soit admis ce qui relève désormais d’une évidence politique ?

L’incompréhension de nos concitoyens face à cette situation est aujourd’hui réelle.
Le risque de fracture démocratique est réel.

Car cette séquence malheureuse n’a fait que nourrir le sentiment d’un écart croissant entre la parole exprimée par les Corses et les réponses qui lui sont apportées.

Allora, pè compie, vi vogliu addirizzà à i Corsi.

Beaucoup d’entre vous ont suivi ces débats. Beaucoup d’entre vous ont partagé l’espoir qu’après des décennies d’incompréhensions, après tant d'années de mobilisation démocratique, une étape décisive puisse enfin être franchie.

Oui, le Sénat a manqué un rendez-vous avec l’Histoire.

Il avait l'occasion de reconnaître pleinement une réalité politique, de solder 50 années de conflit et de contribuer à trouver, enfin, une solution politique durable pour notre peuple.

Oui, le Sénat a manqué un rendez-vous avec la démocratie.

Non pas parce qu'il a débattu. Non pas parce qu'il a amendé un texte. Mais parce qu'il n'a pas voulu entendre ce que les Corses expriment avec constance depuis tant d'années dans les urnes comme à travers leurs institutions.

Alors oui, nous nous sommes levés. Et oui, nous avons quitté cet hémicycle.
Mais nous ne l'avons pas fait par facilité.

Nous l'avons fait parce qu'il est des moments où la dignité d'une institution commande de marquer clairement son désaccord lorsqu'est ignorée la parole démocratiquement exprimée du peuple qu'elle représente.
Et je veux ici saluer le courage du Sénateur Parigi d’avoir su se lever lorsqu’il a fallu le faire.

Désormais, c’est une nouvelle séquence qui doit s’ouvrir. 
Une nouvelle séquence dont nous devons poser les termes nous, au nom des Corses, au sein de cette Assemblée.
È sta tappa nova deve dì à i Corsi, di manera chjara, chì st’Assemblea purterà l’esigenza di a discussione demucratica, l’esigenza d’una soluzione pulitica, senza mai scaglià.

C’est, je le crois, le sens que doivent prendre nos débats aujourd’hui.

Ne loupons pas, nous, de rendez-vous avec la démocratie.

Je vous remercie.

* Seul le prononcé fait foi

Rédigé le Mercredi 4 Novembre 2026 modifié le Mercredi 4 Novembre 2026

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