La grogne




La Corse n’échappe pas au mouvement de contestation qui traverse l’ensemble du pays autour de la question de la cherté constante et progressive du prix du carburant. Une contestation qui se justifie d’autant plus en Corse où notre géographie et la faiblesse des réseaux de transport en commun ne permettent pas d’exonérer les insulaires de recourir à la voiture et donc au carburant qui est de fait une dépense obligatoire qui s’impose aux ménages tout en augmentant inexorablement.
 
Une urgence économique et sociale que le Gouvernement confronte à l’urgence écologique et environnementale. Les deux se défendent et sont à défendre, mais le timing et les moyens d’y parvenir sont contestables. Là où le Président Macron parle de fin du monde, les gilets jaunes se font l’écho de ceux qui ne parviennent pas à assurer les fins de mois.
 
La Corse est actuellement confrontée à une autre réalité qui touche le quotidien de ses habitants : la gestion des déchets.
 
Les discussions engagées entre notre Collectivité, l’Etat, le SYVADEC et les intercommunalités n’ont pour l’heure pas permis de déboucher sur un point d’accord.
 
Après des mois et des années de dogmatisme sur ce sujet, les nationalistes, désormais décideurs, se refusent à décider. Et à cette heure, alors que nous sommes plus que jamais dans l’impasse, et que la seule innovation apportée par la majorité réside dans l’exportation des déchets sur le continent pour qu’ils y soient incinérés, plusieurs questions restent sans réponse :
Qui doit assumer le surcoût du transfert sur le continent que l’exécutif mettra inévitablement en œuvre ? Quel modèle voulons-nous adopter de façon pérenne ? Quel est le seuil d’acceptabilité des populations quant aux solutions retenues ?
 
Les jours, les mois et les sessions passent. L’inertie demeure sur ce sujet. Et la grogne gagne à juste titre les Corses qui ne veulent pas voir la situation se dégrader un peu plus encore et ne se font pas à l’idée que la Collectivité n’assume pas ses responsabilités dans un domaine relevant de son champ de compétences.
 
L’usage de référents idéologiques et la manipulation des symboles ont contribué et accompagné l’accès des nationalistes au pouvoir régional. Et les empêchent aujourd’hui de l’exercer de façon responsable et soucieuse de l’intérêt général.
 
Ces symboles ont nourri un imaginaire militant qui ne résiste pas à l’épreuve des faits et à l’exercice des responsabilités. Non seulement ils ne favorisent pas l’amélioration du quotidien des Corses, mais ils sont précisément les causes des blocages constatés, notamment pour ce qui concerne la question des déchets.
 
Les positions de principe de la majorité contre la valorisation thermique au risque de mettre la Corse en difficulté sanitaire sont tout simplement contraires au bon sens.
 
De même, dans le contexte dégradé que nous connaissons, en pleine mobilisation des gilets jaunes face à l’augmentation du prix des carburants, et plus généralement des Corses qui strazzient, l’opération symbolique de préempter une parcelle à Cavallu pour la coquette somme de 2 millions d’euros est tout simplement indécente.
 
La conférence de presse du PNC annonçant sa dissociation de Femu a Corsica est révélatrice. Jean-Christophe Angelini a officiellement souhaité « renouer avec les fondamentaux de notre combat politique, autodétermination, rapport de force avec l’Etat ». Précisément ce qui a fondé les dogmes nationalistes qui tendent à entretenir un climat stérile voire de tension, peu propice à l’engagement de partenariats fructueux, et surtout résolument engagé dans un processus de distanciation de l’ensemble républicain.
 
Autant de marqueurs qui d’une part, témoignent d’une irresponsabilité conduisant à faire assumer à notre collectivité un discrédit dans l’action, et d’autre part, nourrissent un sentiment « d’anti-France » et de rejet de l’Etat aussi gratuits que disproportionnés, aussi improductifs que dangereux pour l’avenir de la Corse.

Rédigé le Lundi 3 Décembre 2018 modifié le Jeudi 13 Décembre 2018

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