Hommage à Danielle Casanova


Discorsu di u Presidente di l'Assemblea di Corsica - Ceremonia d'umaggiu à Danielle Casanova - Piana, u 9 di maghju di u 2018



Madame le Maire, chère Aline,
Mesdames et Messieurs les élus,
Madame la Présidente des « Amis de Danielle Casanova », chère Isaline,
Monsieur le Secrétaire général de la Préfecture,
Mesdames, Messieurs,
Cari zitelli,
Cari tutti,

Cette année encore, nous voici réunis à Piana pour honorer la mémoire de Danielle Casanova, mais également pour méditer un instant sur l’héritage spirituel que la Résistance nous a légué.
Dans l’un de ses plus beaux poèmes, Robert Desnos s’étonne de l’étrange et radicale conversion de l’homme, épris de paix, qu’une situation d’une dureté exceptionnelle conduit à la révolte :
« Ce cœur qui haïssait la guerre, nous dit-il, voilà qu’il bat pour le combat et la bataille! (…) Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères ».

Et si pour le poète le lieu de cette métamorphose étonnante est le cœur, c’est que ce dernier n’est pas seulement le siège symbolique de l’amour, mais aussi celui de la justice et du courage. Quant à l’appel de la liberté, il est l’opérateur de ce bouleversement intime, personnel, mais aussi collectif. Le « seul mot Liberté » nous dit Desnos. Un mot cher à tous les résistants. Celui qu’Eluard écrit « sur ses cahiers d’écoliers » ou « sur les lèvres attentives ». Celui que chante le partisan italien de Bella ciao. Celui que l’on retrouve sous toutes les plumes insurgées, et ce dans tous les idiomes. Celui que l’on entend, en langue corse, dans le Chant des maquisards de Simon Vinciguerra ou dans A Sampiera de Jean Nicoli et Tony Ogliastroni. Dans bien des vers écrits ces dernières décennies, également.
Hier comme aujourd’hui, il demeure l’un des plus beaux vocables, dans toutes les langues. Et comme le mot bonheur, sa valeur décuple lorsqu’on en est privé.
Cette métamorphose étonnante que nous évoquions à l’instant, puissent les nouvelles générations ne jamais la connaître. Mais elles doivent pour cela retenir les enseignements du passé, elles doivent chérir et défendre la liberté à tous les instants de leur vie. Car celle-ci n’est jamais un acquis.
Aujourd’hui dans le monde, nombreux sont les pays où elle est radicalement niée, humiliée, piétinée. En Europe même, elle se trouve à nouveau menacée et notre vigilance doit être de tous les instants.
Pour que nos enfants n’aient pas un jour à connaître la terrible conversion décrite par Desnos :
« Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !
Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit,
Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine.
Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent,
Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne,
Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat. »

C’est, je crois, par-delà leur témoignage, un appel à la vigilance que nous adressent, inlassablement, Danielle Casanova et tous ses camarades.
Vi ringraziu.

Rédigé le Mercredi 9 Mai 2018 modifié le Mercredi 9 Mai 2018

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