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Discorsu di a Presidente di l’Assemblea di Corsica di u 18 di nuvembre di u 2022


Discours de Marie-Antoinette Maupertuis*, Présidente de l'Assemblée de Corse, prononcé au cours de la session extraordinaire consacrée aux dérives mafieuses




Sgiò Presidente di l’esecutivu,
Sgiò Presidente Bucchini,
Signora Presidente di u CESEC,
Signore è signori i cunsiglieri esecutivi,
Signore è signori i cunsiglieri à l’Assemblea di Corsica,
Signore è signori i rappresentanti di l’Assemblea di a Ghjuventù,
Signori i parlamentarii,
Signore è signori i raprisententi di i cullettivi anti-maffia,
Care tutte, cari tutti,
 
La session d’aujourd’hui est aussi nécessaire que difficile.
 
Difficile parce que le sujet principal a trait à la violence criminelle, trop souvent à la mort et toujours à la peur.
Et qu’il est difficile pour des élus et à fortiori des citoyens de parler de ce qui est douloureux ou de ce qui impressionne.
Difficile aussi parce que cette criminalité s’exerce sous de multiples formes et que ses modalités opératoires comme son emprise sont parfois insondables et - quoi qu’on en dise - y compris pour des élus.

Mais cette session est nécessaire. 
Nécessaire parce que les attentes sont très fortes … attentes des collectifs, des associations, des Corses en général et de la jeunesse en particulier.
Nécessaire parce qu’il ne peut y avoir de développement individuel ou collectif équilibré que dans un cadre démocratique, serein, apaisé.
Nécessaire parce nos enfants méritent mieux que les dépendances, les addictions, les déflagrations mortifères et la peur des représailles.
Oui notre tâche sera difficile aujourd’hui. Mais il est de notre responsabilité collective de débattre aujourd’hui de dérives qui portent atteinte à la vie humaine, au fonctionnement de la vie sociale et surtout qui sapent toute idée de liberté et de progrès. Conformément à l’article 1er de notre règlement intérieur, nous devons défendre les intérêts matériels et moraux du peuple corse… et ce, y compris lorsqu’une de ses marges met en péril l’ensemble du corps social.
Et ce travail doit être mené avec tous ceux qui défendent l’idée qu’au sein d’une société le respect de l’intégrité physique, de la probité morale, de la liberté d’entreprendre comme de penser sont des valeurs cardinales.
 
Depuis 2019 et à la suite de l’assassinat de Massimu Susini, l’Assemblée de Corse et le CE avait décidé d’une session extraordinaire. Si celle-ci n’a pu avoir lieu pour différentes raisons, des auditions avaient été menées par la Conférence des Présidents lors de la précédente mandature sous l’autorité de Jean-Guy Talamoni. Nous avons souhaité - avec les présidents de groupe et le PCE - réécouter les associations anti-mafia : les collectifs Massimu Susini, A maffia nò a vita iè, la plateforme citoyenne. Mais également la Ligue des droits de l’Homme. C’est ce qui fut fait au cours des 15 derniers jours. Nous sommes heureux de leur présence avec nous dans cet hémicycle.

Je déplore que, comme lors de l’ouverture de ce cycle en 2019, les services de l’Etat en Corse n’aient pas souhaité se soumettre à l’exercice de ces auditions qui n’avaient pourtant comme objectif que de faire état de la situation. Il me semble questionnable que des responsables de la justice et de l’investigation refusent d’être auditionnés par des représentants du peuple élus au suffrage universel.
Je souhaite néanmoins et vivement qu’ils se joignent à notre travail parce que leurs services ont la charge de l’exercice des pouvoirs régaliens, bien-entendu, mais aussi parce qu’ils disposent d’informations, de données, et d’expertises qui seront indispensables dans la mise en place de solutions efficaces d’observation et de lutte contre la violence et la criminalité.
Ces auditions dont je vais vous rendre compte dans un instant, et pour lesquelles je veux remercier tous ceux qui y ont participés, nous ont permis de recueillir des signaux d’alerte très forts, de compléter notre connaissance du phénomène, d’identifier des pistes de solutions. Elles sont une première étape, indispensable à la conscientisation de la difficulté à laquelle nous nous sommes soumis mais aussi à la confrontation de différentes perceptions du phénomène.
Aussi pour avancer nous n’avons pas voulu nous arcbouter sur des questions de sémantiques. Certes, les choses qui ne sont pas nommées n’existent pas. Mais mal les nommer c’est ajouter au malheur du monde pour reprendre Camus. La focalisation sur la question de sémantique est peut-être aussi une façon, consciente ou inconsciente, d’éviter d’aller traiter le problème au fond.
Nous devons d’abord nous concentrer sur les faits avant de proposer une dénomination, qu’il s’agisse d’utiliser un terme existant comme « mafia » ou de créer, peut-être un concept nouveau qui corresponde davantage à la réalité observée en Corse.
 
Nous sommes donc aujourd’hui réunis pour débattre sans tabou des dérives mafieuses et pour initier un travail de fond vital à la résolution de la crise que traverse la Corse. Car il existe aujourd’hui en Corse une frange de la population qui fait passer ses intérêts avant ceux de la Corse et des Corses, intérêts qu’elle défend en utilisant une réserve de violence et qui empêche les uns d’entreprendre, les autres de développer, parfois certains de respirer.
Et cela est suffisamment grave pour que nous élus, nous en débattions.
Notre travail va s’organiser ainsi :
  • Ce matin après avoir rendu compte synthétiquement du contenu des commissions, le président de l’exécutif s’exprimera, puis chaque groupe interviendra selon la règle du doublement du temps de parole.
  • Cet après-midi un échange aura lieu avec différentes parties prenantes dans le cadre de notre commission permanente à laquelle j’ai convié la conseillère non-inscrite Josepha Giacometti, la présidente du CESEC, le Vice-Président de l’Assemblea di a Giuventù et toutes les associations déjà auditionnées.
  • Cette réunion a pour objectif de caler les thématiques clés qui méritent d’être approfondies collectivement, de co-construire une méthode et de définir un calendrier de travail.
  • Les élus reviendront en plénière pour un dernier échange et le vote d’une résolution solennelle.
Autant le dire tout de suite : cette session n’est pas un point d’aboutissement ! C’est une étape importante dans le processus débuté en 2019.
Il n’y aura pas de solutions miracles qui sera produite d’ici la fin de la journée mais durant ce moment démocratique fort, nous aurons posé je l’espère les bases d’un travail conjoint qui procède de notre ferme volonté de laisser à nos enfants une terre, un pays émancipé, apaisé et où ils seront heureux.

A ringrazià vi
 

* Seul le prononcé fait foi

Rédigé le Vendredi 18 Novembre 2022 modifié le Vendredi 18 Novembre 2022

              

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